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Chers amis

Mon tout nouveau site www.annouchkagravelgalouchko.com contient un blogue que dorénavant j'utiliserai pour partager ma vie artistique avec vous. Je vous invite donc à m'y suivre.

Ce blogue-ci servira uniquement à commenter mes activités de médiation culturelle avec les partenaires institutionnels.

dimanche 19 juillet 2009

Un hasard?


Souffle III, peinture de Annouchka Gravel Galouchko

Je suis tombée par "hasard" sur le blog de Emmanuel de Lussac présentant une de mes oeuvres. J'ai été touchée profondément par son propos. Je vous en fait part ici.


"Comme lorsqu'on laisse la fenêtre ouverte et que l'air entre à sa guise, la méditation c'est tout ce que l'air apporte, c'est tout ce qu'est le vent. Mais si vous êtes aux aguets, si vous attendez que le vent s'engouffre par la fenêtre parce que vous l'avez ouverte, jamais le vent ne viendra.
Il faut qu'elle soit ouverte par amour, par affection, en toute liberté, et pas dans l'attente de quelque chose.
Et voilà ce qu'est cet état de beauté, cet état de l'esprit qui voit mais ne demande rien." J. Krishnamurti

Chapitre V : La beauté naît dans le silence et le calme

Chapitre V : La présence en tant qu'état

La beauté naît dans le calme de la présence...92-94

Satori, terme zen pour décrire une [...] soudaine lucidité, un [...]moment de vide mental et de présence totale.
Bien que le satori ne soit pas une transformation permanente, soyez reconnaissant quand cela vous arrive, car cela vous donne un avant-goût de ce qu'est l'éveil spirituel. Il se peut que vous en ayez fait l'expérience à de nombreuses reprises sans savoir ce que c'était ni même en réaliser l'importance.

Il faut une certaine présence pour avoir conscience de la beauté, de la majestuosité et du sacré de la nature.
[...] Pour prendre conscience de [cela] il faut que le mental se soit tu.
Vous devez mettre momentanément de côté votre fardeau de problèmes, votre charge de passé et de futur, ainsi que toutes vos connaissances. Sinon, vous verrez mais sans vraiment voir, vous entendrez mais sans vraiment entendre. Vous devez être totalement présent.

Au-delà de la beauté des formes extérieures, il y a plus. Il y a quelque chose d'indéfinissable qui n'a pas de nom. Il y a une essence intérieure, profonde et sacrée. Là où il y a de la beauté, cette essence transparait d'une façon ou d'une autre. Elle ne vous est révélée que si vous êtes présent. Serait-il possible que cette essence indicible et cette présence soient une seule et même chose ? Cette essence indescriptible serait-elle là sans votre présence ? Sondez-la en profondeur et découvrez la réponse.

Quand vous avez connu de tels moments de présence, il est fort probable que vous n'avez pas réalisé vous être retrouvé pendant un court instant dans un état de vide mental, et c'est parce que l'intervalle entre cet état-là et le flot des pensées était trop menu.
Cet état de satori n'a peut-être duré que quelques secondes avant que le mental ne rentre en scène, mais il s'est produit.
Sinon, vous n'auriez pu connaître la beauté. Le mental, lui, ne peut ni reconnaître, ni créer la beauté.
C'est seulement pendant quelques secondes, alors que vous étiez totalement présent, que cette beauté et ce sacré se sont manifestés.
En raison de la courte durée du hiatus et de votre manque d'attention et de vigilance, vous avez probablement été incapable de constater la différence fondamentale qui existe entre la perception, la conscience de la beauté libre du processus de la pensée, et le fait de nommer et d'interpréter la chose en pensée.
Le hiatus était si réduit que tout cela semblait faire partie d'un seul et même processus. La vérité, par contre, est la suivante : dès l'instant où la pensée est revenue, tout ce qui vous en restait, c'était un souvenir.

Plus le décalage est grand entre la perception et la pensée, plus il y a de profondeur en vous en tant qu'être humain. Autrement dit plus vous êtes conscient.

Beaucoup de gens sont prisonniers de leur mental à un point tel que la beauté de la nature n'existe pas réellement pour eux. Même quand ils disent : "Quelle belle fleur !" il s'agit seulement d'un étiquetage mental automatique. Etant donné qu'ils ne connaissent pas le silence intérieur et ne sont pas présents, ils ne voient pas véritablement la fleur, n'en sentent pas l'essence, l'aspect sacré, de la même façon qu'ils ne se connaissent pas eux-mêmes, ne sentent pas leur propre essence ou leur propre aspect sacré.

A part quelques exceptions et parce que nous vivons dans une culture où le mental prédomine, une grande part de l'art, de l'architecture, de la musique et de la littérature modernes est dénuée de beauté et d'essence.
Pourquoi ?
Parce que les gens qui créent ces choses ne peuvent se libérer de leur mental, ne serait-ce que pour un instant. Ils n'entrent donc jamais en contact avec cet espace intérieur d'où proviennent la véritable créativité et l'authentique beauté. Livré à lui-même, le mental crée des monstruosités, et ce, pas uniquement dans les musées d'art. Il suffit de regarder nos aménagements urbains et la désolation de nos parcs industriels. Aucune civilisation n'a jamais généré autant de laideur.
Par Emmanuel de Lussac - Publié dans : Eckhart Tolle

Voici le lien pour accéder au blog de Emmanuel de Lussac
http://maison-ema.over-blog.fr/article-33387375.html

dimanche 12 avril 2009

Deux immigrants

La première fois que j'ai entendu la chanson traditionnelle, Dvé guitari, (Deux guitares), c'était à la Pâques russe, chez mes grands parents paternels. J'étais une toute petite fille et c'était mon père et mon grand-père, un peu éméchés, qui la chantaient de toute leur âme slave. Tous deux grattaient leur guitare accordée à la russe, en chantant de vieilles chansons et en buvant de la vodka, se remémorant aussi des souvenirs de guerres (en Russie et en France). Nous les enfants, nous nous empifrions de zakouskis (hors-d'oeuvres), de paska (dessert fait avec du fromage blanc) et de koulich (gâteau traditionnel de la Pâques au levain) que baba et died (mes grands-parents) avaient préparés.

Notre tribu fêtait deux fois Pâques et deux fois Noël, à la Québécoise, (côté maternel), et à la russe, (côté paternel)-, ce qui donnait l'occasion à notre famille de poursuivre la fête. Nous allions à la cathédrale russe de Montréal, Saint-Pierre et Saint-Paul, pour la cérémonie de Pâques avant de nous retrouver chez baba et died. La majesté des rites byzantins, l'iconostase mystérieuse, la rutilance des vêtements somptueux sacerdotaux des popes aux visages de magiciens médiévaux (chevelure aux épaules et longue barbe), les choeurs des vieux, la magie des chandelles hypnotisantes que nous tenions fièrement dans nos mains, toute cette beauté mystique exaltait mes sens d'enfant.

En cette journée de Pâques, au lieu de se dire bonjour, on se saluait, à l'église et à la maison en disant: Christos voskrese! (Christ est ressuscité), tandis que l'autre répondait: Voïstinou voskrese!" (En vérité, il est ressuscité). Je ne parle pas le russe mais cette salutation pascale est restée gravée dans ma mémoire. Je l'ai mise en guise de refrain pour remplacer le couplet de Deux guitares que Aznavour a rendu célèbre, Ekh raz yechtcho raz, yechtcho mnogo mnogo raz, ekh raz yechtcho raz yechtcho mnogo mnogo raz ! Encore une fois, beaucoup de fois, plusieurs fois! Encore une fois, beaucoup de fois, plusieurs fois!

Aznavour a repris l'air et l'esprit des paroles de cette chanson russe traditionnelle pour en faire une adaptation de ses paroles en français. À mon tour, je me suis inspirée des paroles de Aznavour en les plongeant dans le contexte si particulier de mon enfance.
Dvé guitari était la pièce maîtresse de mon père lorsqu'il grattait sa guitare. Je crois bien que papa s'identifiait (et s'identifie encore) au personnage de la chanson qui s'enivre pour couvrir la voix qui dit à son âme: "Où as tu mal, pourquoi as-tu mal?"

Lorsque j'ai montré à mon père mon texte de Deux immigrants, il y a environ un an, il m'a dit:" C'est bien, ma Nouch..., mais j'aimerais bien qu'on travaille ensemble la fin de cette chanson afin qu'elle soit plus optimiste, qu'on y sente l'espoir..."

J'aimerais terminer à l'hôpital ou ailleurs, s'il en sort, cette chanson avec lui avant qu'il ne parte pour la non forme.

Deux immigrants
Paroles de Annouchka Gravel Galouchko inspirées des paroles des "Deux guitares" de
Charles Aznavour
Sur un air traditionnel russe "Dvé guitari"

Deux immigrants sans répit
Grattaient leur guitare
Père et fils réunis
Ranimaient leur histoire

Sans savoir que roulait en moi
Un flot de détresse
Faisaient renaître sous leurs doigts
Leur vieille tristesse

Refrain

Pâques russe!
Pâques russe!
Christos voskrese! (Christ est ressuscité)
Pâques russe!
Pâques russe!
Voïstinou voskrese! (En vérité, il est ressuscité)

Jouez papa, jouez diedouchka!
Annouchka ne comprend pas
L'enfant danse et tape des mains
Pour amuser grand-père

Où as-tu mal? pourquoi as-tu mal?
Aaaaah...Grand-mère est en colère!
Elle veut que tu cesses de boire
Et arrête tes déboires
Elle dit qu'il est ressuscité!

Refrain

Pâques russe!
Pâques russe!
Christos voskrese! (Christ est ressuscité)
Pâques russe!
Pâques russe!
Voïstinou voskrese! (En vérité, il est ressuscité)

Died voulait rire et chanter
Et soûlez sa peine
Pour oublier le passé
De toutes ses guerres

Allez, apportez-moi de la vodka
Car cette eau vive rend la vie!
Oh!Versez! versez à l'officier de l'armée blanche
Et au gamin de la résistance!

Refrain

Pâques russe!
Pâques russe!
Christos voskrese! (Christ est ressuscité)
Pâques russe!
Pâques russe!
Voïstinou voskrese! (En vérité, il est ressuscité)

Deux guitares en ma pensée
Jette un trouble immense
Tu sais, papa, rien a changé
À la fin de ton existence

Que vivons -nous? Pourquoi vivons-nous?
Quelle est la raison d'être?
Bois un peu moins, petit père
Mange un peu plus, je t'en prie
On dit qu'il est ressuscité

Refrain

Pâques russe!
Pâques russe!
Christos voskrese! (Christ est ressuscité)
Pâques russe!
Pâques russe!
Voïstinou voskrese! (En vérité, il est ressuscité)

Tu sors encore à Pâques ta vieille guitare
Et chante dvé gitari
Pour consoler ta vieillesse
Boit de la vodka blanche
En pensant je suis vivant aujourd'hui
je serai mort demain et encore plus après demain
Mais en attendant, buvons, jouons, chantons!

Refrain

Ekh raz yechtcho raz!
Ekh raz yechtcho raz!
Yechtcho mnogo mnogo raz!
Ekh raz yechtcho raz!
Yechtcho mnogo mnogo raz !
Encore une fois, beaucoup de fois, plusieurs fois! Encore une fois, beaucoup de fois, plusieurs fois!

mercredi 1 avril 2009

Chimères et Papillons



Parfois, Yamauba faisait des cauchemars.

Un même rêve angoissant revenait cycliquement la hanter : le vent mugissait dans le jardin tandis qu'un immense papillon de nuit au visage triste et enfantin la suppliait de lui ouvrir la porte de la maison. Le souffle océanique et glacé provenait d’un orage lointain rageant à quelques kilomètres de la côte. Le papillon risquait à tout moment d’être emporté au large dans la danse violente et infatigable des rafales. Yamauba, pleine de compassion, ouvrait alors grand la porte de son coeur. En pénétrant dans la maison, le papillon apeuré se transformait en une horrible chauve-souris vampire. Ma fille se réveillait paniquée et courrait me rejoindre dans mon lit.

Au bout du dixième cauchemar identique, je m’inquiétais pour Yamauba qui retombait sans cesse dans les filets de son rêve. J’avais beau lui dire de se pincer très fort le bras pour se réveiller, ou encore de se rappeler la face sombre du papillon avant de lui permettre de rentrer, elle oubliait.

Ma petite semblait soumise à une contagion émotionnelle implacable dont son père décédé et moi-même étions, sans le vouloir, les principaux émetteurs. Cette prise de conscience pénible m’amena à chercher d’autres outils pour aider mon enfant, d'autres solutions plus proches de mon cheminement de peintre.

Finalement, Yamauba trouva elle-même un moyen efficace pour se libérer de son rêve en se fabriquant, dans du papier résistant de fibre de mûrier, un sac à cauchemars. Elle le peignit de couleurs lumineuses.

Le sac demeura vide plusieurs jours dans sa chambre. Puis un jour, elle y déposa quelque chose... un haïku du poète Buson. C'était le même que j’avais retranscrit dans le pavillon d'été, sur le mur de mon atelier :

“Sur la cloche du temple
Un papillon dort
Profondément.”

J’étais sidéré : ma fille n'avait jamais mis les pieds dans mon atelier, condamné avant sa naissance. Elle ne pouvait connaître l’existence du poème sur le mur. Yamauba l’avait recopié d’un recueil de haïkus à la bibliothèque du monastère. Lorsque je lui demandai pourquoi elle avait choisi ce poème, elle ne put me répondre.

(Extrait de Chimères et papillons en cours d'écriture)

mardi 31 mars 2009

Nouvel atelier offert par l'artiste dans les écoles, autour du livre Shô et les dragons d'eau



Un atelier proposé par l'auteure-illustratrice Annouchka Gravel Galouchko dans les écoles primaires

Les Sacs à Cauchemars

Je ne suis pas une art-thérapeute. Je suis une artiste, une écrivaine, une peintre, une illustratrice. Je chante également. Pendant dix ans, j'ai suivi des enseignements auprès de Gilbert-Luc Tissinié, maître Zen authentique, ce qui m'a apporté une profonde expérience sur la vie sensible de la psyché humaine.

L'être humain, artiste ou non, depuis la nuit des temps, ressent le besoin de s'exprimer et de créer. Dans ce mouvement de production créatrice, il peut retrouver son équilibre et apprendre à se connaître.

L'atelier que j'offre s'adresse aux enfants de maternelle à la quatrième année. L’enseignant(e) devra avoir, au préalable, lu aux enfants l'histoire de Shô et les dragons d'eau.

Préparation de la classe

Une série d'illustrations originales que j'ai créées afin d'illustrer des albums jeunesse sont disposées le long du (ou des) tableaux de la classe. Les livres que j'ai illustrés ou écrits sont également exposés sur une table. Les enfants, entourés de nombreux tableaux et livres, sont au coeur d'une véritable exposition. Ils découvrent les oeuvres originales et les imprimés.

Tout au long du déroulement de leur activité, les tableaux seront présents, non comme des modèles à recopier, mais plutôt comme des manifestations stimulantes de la vie créatrice. Peu avant la fin de leur activité, je retirerai mes illustrations afin de céder la place aux oeuvres des artistes en herbe.

Déroulement de l'activité

En un premier temps, les élèves sont invités à replonger dans l'histoire de Shô par le biais de deux illustrations originales que je leur présente. Ils sont conviés à exprimer ce qui a retenu leur attention, à poser des questions sur la signification des éléments symboliques et à commenter les illustrations représentant des moments clefs de l'histoire. Ces deux images sont celles de l'éboueur qui rejette les sacs de cauchemars des habitants dans la mer et l'image des enfants qui expriment leurs peurs et leurs cauchemars en créant des dessins qui leur serviront à fabriquer des cerfs-volants.

En un second temps, je présente aux enfants le coeur de mon activité en leur proposant de décorer un sac en papier. Ce précieux sac, transformé en réceptacle de leurs émotions, permettra aux élèves de récolter par la suite, leurs rêves, peurs, cauchemars et pensées, sous la forme de dessins, de mots ou d'histoires. Il n'y a pas de consigne ou de sujet particulier à suivre quant à l'exécution de leur travail. La liberté d'expression est ici encouragée sans contraintes techniques. Les enfants devront seulement se rappeler que le sac en papier qu'ils décorent, servira d'écrin à leur vie intérieure.

En un troisième temps, les enfants pourront faire sécher et exposer leurs travaux autour de la classe. Ils seront à leur tour les artistes en exposition.

Comme la création des sacs est le début d'un processus, l'atelier pourra donc être poursuivi par le professeur et les enfants. Ils auront la possibilité, tout au long de l'année, de sortir de leur sac un cauchemar, un dessin ou un écrit significatif et de le partager avec la classe. Le but de cette activité est d'extérioriser ses émotions et de les partager. Cela permettra aux enfants d'ainsi apprivoiser certaines émotions, dont la peur.

À propos de Shô et les dragons d'eau

Lauréat de nombreux prix nationaux et internationaux depuis 1995, Shô et les dragons d'eau est devenu un classique de la littérature enfantine dans plusieurs pays.

Ce conte met en scène des éléments de la vie psychique si profonds et importants pour moi que ce récit s'est poursuivi dans l'écrit. Il a pris la forme d'un roman jeunesse titré Les cerfs-volants ensorcelés, publié chez Leméac en 2004. Ce conte est hommage au maître Zen, maintenant décédé, qui nous enseigna de tout son être, de toute sa moelle... La saga se poursuit désormais, sous mes mains, et prend la forme d'un roman adulte dont le titre provisoire est Chimères et papillons.

Shô et les dragons d'eau a été publié par Annick Press et peut être aisément commandé chez votre libraire.

La Presse, Montréal, dimanche 1er juin 1997

OUBLIER OU EXPRIMER SA SOUFFRANCE?
Carole Thibaudeau

SHÔ ET LES DRAGONS D'EAU
DANS LES ÉCOLES ET DANS LES CLINIQUES

Dans les écoles, l'art-thérapie vise à créer un lieu pour parler, de façon directe ou indirectement (par le biais d'un conte), de son expérience.
Les arts-thérapeutes de l'équipe de psychiatrie transculturelle de l'hôpital de Montréal pour enfants y travaillent de deux façons. La première consiste à demander aux enfants d'exprimer, verbalement et au moyen d'un dessin, l'histoire d'un personnage qui émigre, en quatre étapes : la vie dans le pays d'origine, le voyage, la vie dans le pays d'accueil et l'avenir du personnage.
Ce jeu s'intitule : « Le voyage de... » Il vise à travailler un aspect stratégique de la vulnérabilité ou de la protection d'un immigrant : sa capacité de créer un pont entre le passé et le futur, en donnant un sens à l'expérience vécue.
La deuxième approche consiste à utiliser comme point de départ un conte très riche en symboles comme le conte Shô et les dragons d'eau, l'histoire d'une petite fille aux dons exceptionnels qui vit dans un village de pêcheurs japonais.
Dans ce village, les habitants n'ont plus rien à manger, car ils ont l'habitude de jeter leurs cauchemars dans la mer. Ces derniers deviennent des monstres qui engloutissent les pêcheurs et leurs barques, en plus de vider la mer de tous ses poissons.
Consultée, la petite Shô exhorte les habitants à ne plus jeter leurs cauchemars dans la mer (symbole de l'inconscient en psychanalyse), mais plutôt d'en faire des jeux et de les envoyer dans le ciel, car il est bien connu que les monstres (nos peurs) détestent la lumière (le conscient).
Telle est l'origine des cerfs-volant.
« À peu près tous les pays ont des traditions pour exorciser leurs monstres, dit la psychiatre de l'équipe, docteur Cécile Rousseau. L'Halloween, par exemple, est l'occasion d'apprivoiser collectivement notre peur des squelettes, des sorcières, etc. »
« Avec l'expérience, on a eu l'idée de travailler avec les enfants les mythes de leur pays d'origine, relate l'art-thérapeute Louise Lacroix. Et on suggère aux enfants de demander à leurs parents et à leurs grands-parents quelles histoires on leur racontait quand ils étaient petits.»
Cet hiver, deux écoles de la CECM ont reçu la visite des arts-thérapeutes. Au rythme d'une visite par semaine, le temps de huit à dix visites, on a fait dessiner aux enfants le voyage de... et le conte de Shô et les dragons d'eau. « Les enfants ont adoré ça », dit Mme Lacroix.

Shô et les dragons d'eau, Annouchka Gravel Galouchko, auteure et illustratrice. Éditions Annick, Toronto, New York, 1995

samedi 10 janvier 2009

Une exposition qui donne des ailes


Photo Daniel Cuillerier)

Le journal L'ÉTOILE, section Art et culture.

Une exposition qui donne des ailes
Au Musée régional de Vaudreuil-Soulanges
Marie-Jacinthe Roberge, 11mars 2008

Annouchka Gravel Galouchko et Stephan Daigle sont tous deux reconnus à travers le monde pour leurs illustrations de livres d’enfants. Ils sont aussi auteurs et poètes et ont gagné de nombreux prix au fil des ans.

Vaudreuil-Dorion – Pour la première fois, les artistes Stephan Daigle et Annouchka Gravel Galouchko exposent au Musée. Leurs œuvres inspirantes et colorées sur le thème des oiseaux apportent fraîcheur et joie de vivre à la lourdeur de l’hiver.
Dès ce vendredi 14 mars, le couple de Vaudreuillois d’adoption de réputation internationale lancera son exposition Les Oiseaux, conçue spécifiquement pour le Musée. Une vaste exposition sur un thème accessible et universel qui promet de charmer tant les amateurs d’art avertis aussi bien que les enfants.
Thème inspirant
Devant le coup de foudre évident de Chantal Séguin, commissaire aux expositions en arts visuels au Musée, pour le livre The Birdman qu’ils avaient illustré, Stephan Daigle et Annouchka Gravel Galouchko ont rapidement constaté que la faune ailée a souvent été présente dans leurs toiles et illustrations au fil des ans. Voilà comment est née l’idée d’exposer sur ce thème. « On a toujours voulu vivre en harmonie avec la vie et la nature, qui est à la base de toute beauté, et on s’est rendu compte que, dans notre art, l’oiseau est emblématique de notre quête commune de liberté et de conscience », exprime le couple, visiblement heureux de présenter une exposition qui lui ressemble.
Exposition d’envergure
Et le couple ne s’était pas trompé en choisissant ce thème, visiblement très évocateur pour lui. Pas moins de 72 illustrations et peintures, puisées dans plus de 20 ans de création, seront exposées au Musée et mettront en vedette l’oiseau sous toutes ses formes. « En fait, des anges, des oiseaux, des cerfs-volants, des esprits…, tout ce qui est symbole de liberté et d’élévation spirituelle se retrouvera dans cette exposition », raconte la créatrice Gravel Galouchko, fière de présenter non seulement des peintures et des illustrations, mais aussi des marionnettes, des sérigraphies et quelques créations d’art plus contemporain. Un véritable voyage à travers le vaste parcours artistique du couple. En plus, fait passablement inusité, le public aura la chance de voir plusieurs œuvres signées en duo par le couple, qui dure depuis 21 ans.
Esprits libres
L’exposition pourra aussi surprendre les visiteurs par sa grande diversité de sujets, aux mille couleurs du monde. Un trait caractéristique des œuvres Daigle-Gravel Galouchko. Leurs créations transpirent tant la beauté de la vie familiale en Inde qu’un hymne à la nature en pleine forêt ou la richesse des traditions de l’Afrique. En fait, le couple n’a pas de frontières. Et pour cause. Annouchka est née à Montréal d’un père français de descendance russe et d’une mère québécoise née en Saskatchewan. Quant à Stephan, il est né à Montréal et a depuis de nombreuses années voyagé un peu partout sur le globe. « Nous sommes curieux de tout. Nous sommes des esprits universels et nous voulons communier avec toute la beauté de l’humanité », résume Stephan. Le couple veut avant toute chose communiquer aux gens le bonheur de l’art et la beauté de la vie.
Art accessible
C’est avec un art accessible, coloré et touchant que le couple y parvient. Avec ses œuvres, pas question d’avoir à déchiffrer quoi que ce soit pour sentir leur message. « Nos œuvres ont leur propre histoire et n’ont pas besoin d’être expliquées pour qu’on les comprenne », dit Stephan Daigle, refusant de faire un art trop cérébral. « Les fruits de l’imaginaire humain et de la nature sont merveilleux, et tous nos tableaux faits avec notre cœur », lance Stephan Daigle.

Pour cette raison, les enfants trouvent leur compte en admiration ces œuvres, aussi bien que les adultes, qui peuvent y déceler les subtilités de cet art.

Une chose est sûre, un vaste public pourra se plaire à aller admirer l’exposition Les Oiseaux au Musée régional de Vaudreuil-Soulanges. Les œuvres sont toutes colorées, vibrantes, tantôt définies, tantôt vaporeuses, mais toujours empreintes de nature, de beauté et de joie de vivre. Le public est invité à assister au vernissage de l’exposition ce vendredi 14 mars dès 19 h 30. L’exposition se poursuivra jusqu’au 20 avril 2008. Il y aura également une rencontre public-artistes le dimanche 6 avril dès 14 h. Pour plus de renseignements, il faut composer le 450 455-2092.



Stéphan Daigle

Stéphan Daigle

Annouchka Gravel Galouchko

lundi 5 janvier 2009

Lettre d'amour à ma babouchka


Vert, illustration tirée de l'album jeunesse Les Couleurs de ma mère, Éditions HMH Hurtubise 2005

Avant de mourir, ma grand-mère m’a donné une petite boîte de bois peinte de motifs traditionnels russes. À l'intérieur de celle-ci, il y avait une poignée de sa terre natale. Cette terre, elle l'avait emportée précieusement dans ses poches en 1923, fuyant dans la terreur à travers champs et bois, les Bolcheviks. Ma grand-mère n'est jamais retournée en Russie.

Dans cette terre, Baba, j’y ai mis quelques grains de ciel, des immortelles et une mèche de tes cheveux d’argent. Je l’ai mariée à cette terre nouvelle du Québec espéré, cette terre intérieure des poètes du pays de l’être, des chamans et des babayagas, afin qu’on y plante à nouveau nos joies et nos peines.

Lettre d'amour à ma babouchka

©Annouchka Gravel Galouchko 2006

Glissant sur les eaux immobiles du Lac-des–Îles tant aimé
J’ai vu que l’on était aussi la sève des oiseaux
Des arbres humains
De la terre humaine
Du ciel humain
La vraie nature qui ne meurt jamais

Le feu printanier cascade depuis l’éternité
Dans la colonne vertébrale des arbres et des hommes
Je m’enracine contre un tronc argenté
Pour marier la vie

Dans l’or du temps de ton âge et de tous les âges
Je m’évapore dans la beauté
Des feuillages naissants des bouleaux québécois

Je demeure sans demeure
Jusqu’au crépuscule
Des bouleaux de ta Russie natale

Nous nous embraserons
Sans brûler
Nous embrasserons
Sans nous blesser
Dans la solitude pleine et charnelle
Fluide et sans horizon

Nous puiserons de la terre et du ciel
Cette puissante solitude
Toujours ici
Là-bas et maintenant
Dans la communion des hommes et des forêts
Ne connaissant plus l’isolement des déracinés

Nous deviendrons les montagnes
Corps d’un âge nouveau

Mais avant que ne vibrent les atomes de leur écho intérieur
Nous ouvrirons les portes closes
Sur la lumière du monde

L’amour nous visitera tous
Jeunes ou vieux
Tu repasseras sans peur
Dans les lieux de tes mémoires

Tu t’évaporeras dans l’or du temps de ton âge et de tous les âges
Et demeureras sans demeure
Jusqu’au crépuscule des bouleaux de toutes nos Russies

Alors tu reconnaîtras ta vraie nature
Celle qui fut toujours ta vraie demeure

Il y a longtemps que je t’aime
Jamais je ne t’oublierai