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Chers amis

Mon tout nouveau site www.annouchkagravelgalouchko.com contient un blogue que dorénavant j'utiliserai pour partager ma vie artistique avec vous. Je vous invite donc à m'y suivre.

Ce blogue-ci servira uniquement à commenter mes activités de médiation culturelle avec les partenaires institutionnels.

jeudi 15 octobre 2009

Ateliers pour les enfants au Musée de la Gaspésie sur le thème de l'exposition Les oiseaux

Pour faire le portrait d'un oiseau

Peindre d'abord une cage

avec une porte ouverte

peindre ensuite

quelque chose de joli

quelque chose de simple

quelque chose de beau

quelque chose d'utile

pour l'oiseau

placer ensuite la toile contre un arbre

dans un jardin

dans un bois
ou dans une forêt

se cacher derrière l'arbre

sans rien dire

sans bouger...

Parfois l'oiseau arrive vite

mais il peut aussi mettre de longues années

avant de se décider

Ne pas se décourager

attendre

attendre s'il le faut pendant des années

la vitesse ou la lenteur de l'arrivée de l'oiseau

n'ayant aucun rapport

avec la réussite du tableau

Quand l'oiseau arrive

s'il arrive

observer le plus profond silence

attendre que l'oiseau entre dans la cage

et quand il est entré

fermer doucement la porte avec le pinceau

puis 
effacer un à un tous les barreaux

en ayant soin de ne toucher aucune des plumes de l'oiseau

Faire ensuite le portrait de l'arbre

en choisissant la plus belle de ses branches

pour l'oiseau

peindre aussi le vert feuillage et la fraîcheur du vent

la poussière du soleil

et le bruit des bêtes de l'herbe dans la chaleur de l'été

et puis attendre que l'oiseau se décide à chanter

Si l'oiseau ne chante pas

C'est mauvais signe

signe que le tableau est mauvais

mais s'il chante c'est bon signe

signe que vous pouvez signer

Alors vous arrachez tout doucment

une des plumes de l'oiseau

et vous écrivez votre nom dans un coin du tableau.

Jacques Prévert












Émilie Devoe, responsable des animations et des communications au Musée et Sacha Galouchko Daigle






Emma


Annouchka

lundi 14 septembre 2009

Voyage dans le temps au Musée de la Gaspésie


Harfang des neiges 1, Stéphan Daigle©2006





Le bâteau ivre, Annouchka Gravel Galouchko, 1984, 450ième anniversaire de l'arrivée de Jacques Cartier à Gaspé. Image reprise dans l'album jeunesse, Shô et les dragons d'eau, 1995, Annick-press, Toronto.



Il a vingt-cinq ans, en 1984, j'ai été invitée à exposer au Musée de la Gaspésie. C'était l'année du 450ième anniversaire de l'arrivée de Jacques Cartier à Gaspé. En fouillant dans mes archives, j'ai retrouvé un vieil article jauni et plissoté, publié dans le Pharillon annonçant cette exposition qui s'intitulait LE RÊVE.

Le temps passe, emportant avec lui rêves et jeunesse.
Mais mon amour pour la Gaspésie et pour ses gens dont le regard reflète parfois la lumière de la mer, demeure dans mon coeur. La puissance des éléments de ce coin de pays m'attire comme un aimant dans la beauté de son espace particulier, dans le souffle de son grand large déboussolant et bousculant les limites de mon mental.

Vingt-cinq-ans plus tard, l'année du 475ième anniversaire de l'arrivée de Jacques Cartier à Gaspé, je suis tellement heureuse d'exposer à nouveau, cette fois-ci avec Stéphan Daigle, dans le magnifique musée de la Gaspésie surplombant la baie. Ce réceptacle de la beauté de notre culture, somptueusement agrandi et rénové, vient tout juste de renaître. www.museedelagaspesie.ca


Vues du musée de Gaspé









Voici un vidéo du sensible Jacques Joly, inspiré par les oeuvres qui seront à l'exposition de cet automne.
http://www.youtube.com/watch?v=WglGonQcJsw

Couleurs, formes et liberté...Cet automne, on s'exprime au Musée!

Gaspé, le 14 septembre 2009. - Cet automne, votre musée régional propose deux expositions fortes, deux univers à la fois bien distincts et liés par une soif commune d'exprimer, de dire, de donner forme aux idées et aux émotions. Toute la population est invitée à visiter ces expositions gratuitement, en présence des artistes et concepteurs, lors du vernissage le vendredi 25 septembre prochain, à 19h. Un vin d'honneur et des bouchées d'inspiration autochtone seront servies. De plus, on y dévoilera le nom du gagnant de la toile de Gilles Côté offerte en tirage cet été.

Les Oiseaux, une fête de couleurs et de fantaisie

Les artistes Stéphan Daigle et Annouchka Gravel-Galouchko abordent le thème de l'Oiseau, symbole de notre quête de liberté. Inspirés par l'art du monde, ils nous offrent des oeuvres colorées, respirant la fraîcheur et la joie de vivre. Une véritable fête de couleurs, de formes et de fantaisie qui charmera les connaisseurs d'art aussi bien que les enfants ! À la fois peintres, auteurs et poètes, les deux artistes sont d'ailleurs reconnus mondialement pour leurs illustrations de livres pour enfants.

Écritures mìgmaq ; Sur la piste des premiers « écrivains » gaspésiens ...

Les Micmacs, premiers écrivains gaspésiens ? Oui, puisque ce peuple autochtone (le seul au Canada !) possédait une forme d'écriture avant l'arrivée des premiers Européens ! Longtemps considérée comme une invention des missionnaires français, l'écriture micmacque a bel et bien existé sous forme d'idéogrammes. Chaque idée y était exprimée par un symbole, à la manière des hiéroglyphes égyptiens. Des symboles tracés sur l'écorce aux dictionnaires actuels, découvrez l'évolution de l'écriture des Micmacs, nos premiers écrivains !



Ces deux expositions seront présentées au Musée de la Gaspésie du 25 septembre au 22 novembre 2009. Bienvenue à tous et à toutes !

Émilie Devoe
Source: www.culturegaspesie.org


L'ÉTÉ INDIEN Annouchka Gravel Galouchko©1991

Stéphan et moi sommes honorés et heureux d'être associés dans l'espace et le temps aux amérindiens de la Gaspésie par cette exposition. Nous avons l'intime conviction d'être reliés aux peuples autochtones de notre territoire commun par l'esprit de la Terre qui nous porte tous en son sein, par l'Âme de l'Humanité qui nous permet de nous reconnaître en chacun et de partager nos expériences du sensible.


SATORI AMÉRINDIEN Annouchka Gravel Galouchko©1994

LA PAIX DES BRAVES
Samian et Locolocass se sont réunis pour célébrer et entonner ce rap expressif et révélateur d'une quête d'harmonie.

Dans une ville appelée Kapak, lieu de débarquement, mes ancêtres ont fait leur pack sac pacifiquement,
Sur l'Anikana, en route au nord du Canada, (Canada, Canada, Canada)
Samian, Loco Locass, il était temps que l'union se fasse, qu'on remonte la vraie histoire pour qu'on puisse y faire face,
On veut mettre un pont entre les nations, confondre la culture, ignorer les préjugés, laisser parler la nature

La barrière entre les peuples, on veut plus la casser, on en a plus qu'assez, on est placés pour parler,
On remonte le temps dans le pantalon de Cristophe Colomb qui découvre l'Amérique et tous ces peuples qui y habitent
On était pacifiques et encore, même aujourd'hui, un homme blanc sur l'Atlantique qui rêvait de faire son pays,
On fume le calumet de paix, sans rancune, on est capables de rester vrais même si on porte plus de plumes

L'union de deux nations freine l'ignorance,
Pousse les connaissances avec un peu de reconnaissance
Mon histoire et la tienne, ça fait deux,
Je fais partie de deux peuples, donc je finirai comme l'un d'eux

Hochelaga, Stadaconé, on débarque en rabaska cette année, on a décidé de se métisser,
Parce qu'on a retissé l'alliance en Nouvelle-France, entre autochtones et francophones
Mamawintiwin mi iima eiji mackawisiak, mackawisiak, eawiakowiak, etitentakosiak,
C'est en mêlant le son qu'on scelle le pacte

De l'Europe à l'Amérique, j'ai traversé l'Atlantique à cette époque épique, au pays du porc-épic,
La maladie du scorbut scorait droit au but et c'est aux premières nations que je dois ma guérison
Raquette, canot, boucane, tisane et toboggan, l'authentique Autochtone enseigna au profane
La science de la savane, sans se douter qu'en filigrane, la soutane mégalomane allait lui casser le crâne

Pour les Amérindindiens, en Amérique, il y a deux choix : soit on les abat comme aux États,
Ou bien soit on les réserve comme au Canada, mais réserve ou abat, le problème demeure le même
Car tombent une à une les quilles de leurs emblèmes, les visages pâles peuvent ben devenir blêmes,
Désolé pour le passé, à présent, qu'est-ce qu'on fait ? allume le calumet, qu'on fume pour la grande paix

Hochelaga, Stadaconé, on débarque en rabaska cette année, on a décidé de se métisser,
Parce qu'on a retissé l'alliance en Nouvelle-France, entre autochtones et francophones

Hochelaga, Stadaconé, on débarque en rabaska cette année, on a décidé de se métisser,
Parce qu'on a retissé l'alliance en Nouvelle-France, entre autochtones et francophones
Mamawintiwin mi iima eiji mackawisiak, mackawisiak, eawiakowiak, eawiakowiak, etitentakosiak,
C'est en mêlant le son qu'on scelle le pacte

Je m'excuse si je t'excise, tu meurs pas, ou si oui, ta mort est exquise,
Pas de taxe, on te plume pas, on te préserve dans l'alcool, on te fume dans le tabac,
J'appelle ça de la taxidermie – de la quoi ? – Parles-en à Renée Dupuis-Morency,
Christ ! L'ignorance crasse me laisse un goût ranci, vite, faut que je me rince sous les chutes Montmorency

Oui maman, oui, j'me souviens que nous fumes les premiers touristes en ce pays,
Qui paya sa survie à rendre ses esprits qui ont le souffle court, et nous, les cœurs épris,
Trop pris, tellement pris qu'ils sont Pharmaprix, ah ha, le karma crie
Algonquins, Innus, Attikameks du Québec, si on allumait le calumet qu'on fumait pour la grande paix ?

Hochelaga, Stadaconé, on débarque en rabaska cette année, on a décidé de se métisser,
Parce qu'on a retissé l'alliance en Nouvelle-France, entre autochtones et francophones

Hochelaga, Stadaconé, on débarque en rabaska cette année, on a décidé de se métisser,
Parce qu'on a retissé l'alliance en Nouvelle-France, entre autochtones et francophones,
Mamawintiwin mi iima eiji mackawisiak, mackawisiak, eawiakowiak, eawiakowiak, etitentakosiak, etitentakosiak,
Mamawintiwin mi iima eiji mackawisiak, mackawisiak, eawiakowiak, eawiakowiak, etitentakosiak,
C'est en mêlant le son qu'on scelle le pacte

Rap, tiré du puissant et merveilleux album de SAMIAN FACE À
SOI.
Album partout en vente www.samian.ca www.myspace.com/samianmusic




Sacha et Samian




Josiane Vincent, artiste et adjointe adminitrative du musée, au travail


Stéphan et Annouchka


Chantal Malenfant, technicienne en muséologie, sérieuse...


Stéphan


Félix Fournier, conservateur du musée, se demandant par quoi commencer...


Chantal


Stéphan et Chantal


Josiane, Stéphan et Annouchka




Sacha attablé à ses devoirs dans la salle de conférences du Musée de la Gaspésie

Ouf! L'accrochage est enfin terminé!
L'atmosphère qui a régné lors de l'accrochage était chaleureuse, on était comme en famille. Stéphan et moi remercions toute l'équipe technique et le personnel du Musée pour leur gentillesse et leur accueil sympatique si gaspésien!














La bannière chamanique du hibou

dimanche 19 juillet 2009

Un hasard?


Souffle III, peinture de Annouchka Gravel Galouchko

Je suis tombée par "hasard" sur le blog de Emmanuel de Lussac présentant une de mes oeuvres. J'ai été touchée profondément par son propos. Je vous en fait part ici.


"Comme lorsqu'on laisse la fenêtre ouverte et que l'air entre à sa guise, la méditation c'est tout ce que l'air apporte, c'est tout ce qu'est le vent. Mais si vous êtes aux aguets, si vous attendez que le vent s'engouffre par la fenêtre parce que vous l'avez ouverte, jamais le vent ne viendra.
Il faut qu'elle soit ouverte par amour, par affection, en toute liberté, et pas dans l'attente de quelque chose.
Et voilà ce qu'est cet état de beauté, cet état de l'esprit qui voit mais ne demande rien." J. Krishnamurti

Chapitre V : La beauté naît dans le silence et le calme

Chapitre V : La présence en tant qu'état

La beauté naît dans le calme de la présence...92-94

Satori, terme zen pour décrire une [...] soudaine lucidité, un [...]moment de vide mental et de présence totale.
Bien que le satori ne soit pas une transformation permanente, soyez reconnaissant quand cela vous arrive, car cela vous donne un avant-goût de ce qu'est l'éveil spirituel. Il se peut que vous en ayez fait l'expérience à de nombreuses reprises sans savoir ce que c'était ni même en réaliser l'importance.

Il faut une certaine présence pour avoir conscience de la beauté, de la majestuosité et du sacré de la nature.
[...] Pour prendre conscience de [cela] il faut que le mental se soit tu.
Vous devez mettre momentanément de côté votre fardeau de problèmes, votre charge de passé et de futur, ainsi que toutes vos connaissances. Sinon, vous verrez mais sans vraiment voir, vous entendrez mais sans vraiment entendre. Vous devez être totalement présent.

Au-delà de la beauté des formes extérieures, il y a plus. Il y a quelque chose d'indéfinissable qui n'a pas de nom. Il y a une essence intérieure, profonde et sacrée. Là où il y a de la beauté, cette essence transparait d'une façon ou d'une autre. Elle ne vous est révélée que si vous êtes présent. Serait-il possible que cette essence indicible et cette présence soient une seule et même chose ? Cette essence indescriptible serait-elle là sans votre présence ? Sondez-la en profondeur et découvrez la réponse.

Quand vous avez connu de tels moments de présence, il est fort probable que vous n'avez pas réalisé vous être retrouvé pendant un court instant dans un état de vide mental, et c'est parce que l'intervalle entre cet état-là et le flot des pensées était trop menu.
Cet état de satori n'a peut-être duré que quelques secondes avant que le mental ne rentre en scène, mais il s'est produit.
Sinon, vous n'auriez pu connaître la beauté. Le mental, lui, ne peut ni reconnaître, ni créer la beauté.
C'est seulement pendant quelques secondes, alors que vous étiez totalement présent, que cette beauté et ce sacré se sont manifestés.
En raison de la courte durée du hiatus et de votre manque d'attention et de vigilance, vous avez probablement été incapable de constater la différence fondamentale qui existe entre la perception, la conscience de la beauté libre du processus de la pensée, et le fait de nommer et d'interpréter la chose en pensée.
Le hiatus était si réduit que tout cela semblait faire partie d'un seul et même processus. La vérité, par contre, est la suivante : dès l'instant où la pensée est revenue, tout ce qui vous en restait, c'était un souvenir.

Plus le décalage est grand entre la perception et la pensée, plus il y a de profondeur en vous en tant qu'être humain. Autrement dit plus vous êtes conscient.

Beaucoup de gens sont prisonniers de leur mental à un point tel que la beauté de la nature n'existe pas réellement pour eux. Même quand ils disent : "Quelle belle fleur !" il s'agit seulement d'un étiquetage mental automatique. Etant donné qu'ils ne connaissent pas le silence intérieur et ne sont pas présents, ils ne voient pas véritablement la fleur, n'en sentent pas l'essence, l'aspect sacré, de la même façon qu'ils ne se connaissent pas eux-mêmes, ne sentent pas leur propre essence ou leur propre aspect sacré.

A part quelques exceptions et parce que nous vivons dans une culture où le mental prédomine, une grande part de l'art, de l'architecture, de la musique et de la littérature modernes est dénuée de beauté et d'essence.
Pourquoi ?
Parce que les gens qui créent ces choses ne peuvent se libérer de leur mental, ne serait-ce que pour un instant. Ils n'entrent donc jamais en contact avec cet espace intérieur d'où proviennent la véritable créativité et l'authentique beauté. Livré à lui-même, le mental crée des monstruosités, et ce, pas uniquement dans les musées d'art. Il suffit de regarder nos aménagements urbains et la désolation de nos parcs industriels. Aucune civilisation n'a jamais généré autant de laideur.
Par Emmanuel de Lussac - Publié dans : Eckhart Tolle

Voici le lien pour accéder au blog de Emmanuel de Lussac
http://maison-ema.over-blog.fr/article-33387375.html

dimanche 12 avril 2009

Deux immigrants

La première fois que j'ai entendu la chanson traditionnelle, Dvé guitari, (Deux guitares), c'était à la Pâques russe, chez mes grands parents paternels. J'étais une toute petite fille et c'était mon père et mon grand-père, un peu éméchés, qui la chantaient de toute leur âme slave. Tous deux grattaient leur guitare accordée à la russe, en chantant de vieilles chansons et en buvant de la vodka, se remémorant aussi des souvenirs de guerres (en Russie et en France). Nous les enfants, nous nous empifrions de zakouskis (hors-d'oeuvres), de paska (dessert fait avec du fromage blanc) et de koulich (gâteau traditionnel de la Pâques au levain) que baba et died (mes grands-parents) avaient préparés.

Notre tribu fêtait deux fois Pâques et deux fois Noël, à la Québécoise, (côté maternel), et à la russe, (côté paternel)-, ce qui donnait l'occasion à notre famille de poursuivre la fête. Nous allions à la cathédrale russe de Montréal, Saint-Pierre et Saint-Paul, pour la cérémonie de Pâques avant de nous retrouver chez baba et died. La majesté des rites byzantins, l'iconostase mystérieuse, la rutilance des vêtements somptueux sacerdotaux des popes aux visages de magiciens médiévaux (chevelure aux épaules et longue barbe), les choeurs des vieux, la magie des chandelles hypnotisantes que nous tenions fièrement dans nos mains, toute cette beauté mystique exaltait mes sens d'enfant.

En cette journée de Pâques, au lieu de se dire bonjour, on se saluait, à l'église et à la maison en disant: Christos voskrese! (Christ est ressuscité), tandis que l'autre répondait: Voïstinou voskrese!" (En vérité, il est ressuscité). Je ne parle pas le russe mais cette salutation pascale est restée gravée dans ma mémoire. Je l'ai mise en guise de refrain pour remplacer le couplet de Deux guitares que Aznavour a rendu célèbre, Ekh raz yechtcho raz, yechtcho mnogo mnogo raz, ekh raz yechtcho raz yechtcho mnogo mnogo raz ! Encore une fois, beaucoup de fois, plusieurs fois! Encore une fois, beaucoup de fois, plusieurs fois!

Aznavour a repris l'air et l'esprit des paroles de cette chanson russe traditionnelle pour en faire une adaptation de ses paroles en français. À mon tour, je me suis inspirée des paroles de Aznavour en les plongeant dans le contexte si particulier de mon enfance.
Dvé guitari était la pièce maîtresse de mon père lorsqu'il grattait sa guitare. Je crois bien que papa s'identifiait (et s'identifie encore) au personnage de la chanson qui s'enivre pour couvrir la voix qui dit à son âme: "Où as tu mal, pourquoi as-tu mal?"

Lorsque j'ai montré à mon père mon texte de Deux immigrants, il y a environ un an, il m'a dit:" C'est bien, ma Nouch..., mais j'aimerais bien qu'on travaille ensemble la fin de cette chanson afin qu'elle soit plus optimiste, qu'on y sente l'espoir..."

J'aimerais terminer à l'hôpital ou ailleurs, s'il en sort, cette chanson avec lui avant qu'il ne parte pour la non forme.

Deux immigrants
Paroles de Annouchka Gravel Galouchko inspirées des paroles des "Deux guitares" de
Charles Aznavour
Sur un air traditionnel russe "Dvé guitari"

Deux immigrants sans répit
Grattaient leur guitare
Père et fils réunis
Ranimaient leur histoire

Sans savoir que roulait en moi
Un flot de détresse
Faisaient renaître sous leurs doigts
Leur vieille tristesse

Refrain

Pâques russe!
Pâques russe!
Christos voskrese! (Christ est ressuscité)
Pâques russe!
Pâques russe!
Voïstinou voskrese! (En vérité, il est ressuscité)

Jouez papa, jouez diedouchka!
Annouchka ne comprend pas
L'enfant danse et tape des mains
Pour amuser grand-père

Où as-tu mal? pourquoi as-tu mal?
Aaaaah...Grand-mère est en colère!
Elle veut que tu cesses de boire
Et arrête tes déboires
Elle dit qu'il est ressuscité!

Refrain

Pâques russe!
Pâques russe!
Christos voskrese! (Christ est ressuscité)
Pâques russe!
Pâques russe!
Voïstinou voskrese! (En vérité, il est ressuscité)

Died voulait rire et chanter
Et soûlez sa peine
Pour oublier le passé
De toutes ses guerres

Allez, apportez-moi de la vodka
Car cette eau vive rend la vie!
Oh!Versez! versez à l'officier de l'armée blanche
Et au gamin de la résistance!

Refrain

Pâques russe!
Pâques russe!
Christos voskrese! (Christ est ressuscité)
Pâques russe!
Pâques russe!
Voïstinou voskrese! (En vérité, il est ressuscité)

Deux guitares en ma pensée
Jette un trouble immense
Tu sais, papa, rien a changé
À la fin de ton existence

Que vivons -nous? Pourquoi vivons-nous?
Quelle est la raison d'être?
Bois un peu moins, petit père
Mange un peu plus, je t'en prie
On dit qu'il est ressuscité

Refrain

Pâques russe!
Pâques russe!
Christos voskrese! (Christ est ressuscité)
Pâques russe!
Pâques russe!
Voïstinou voskrese! (En vérité, il est ressuscité)

Tu sors encore à Pâques ta vieille guitare
Et chante dvé gitari
Pour consoler ta vieillesse
Boit de la vodka blanche
En pensant je suis vivant aujourd'hui
je serai mort demain et encore plus après demain
Mais en attendant, buvons, jouons, chantons!

Refrain

Ekh raz yechtcho raz!
Ekh raz yechtcho raz!
Yechtcho mnogo mnogo raz!
Ekh raz yechtcho raz!
Yechtcho mnogo mnogo raz !
Encore une fois, beaucoup de fois, plusieurs fois! Encore une fois, beaucoup de fois, plusieurs fois!

mercredi 1 avril 2009

Chimères et Papillons



Parfois, Yamauba faisait des cauchemars.

Un même rêve angoissant revenait cycliquement la hanter : le vent mugissait dans le jardin tandis qu'un immense papillon de nuit au visage triste et enfantin la suppliait de lui ouvrir la porte de la maison. Le souffle océanique et glacé provenait d’un orage lointain rageant à quelques kilomètres de la côte. Le papillon risquait à tout moment d’être emporté au large dans la danse violente et infatigable des rafales. Yamauba, pleine de compassion, ouvrait alors grand la porte de son coeur. En pénétrant dans la maison, le papillon apeuré se transformait en une horrible chauve-souris vampire. Ma fille se réveillait paniquée et courrait me rejoindre dans mon lit.

Au bout du dixième cauchemar identique, je m’inquiétais pour Yamauba qui retombait sans cesse dans les filets de son rêve. J’avais beau lui dire de se pincer très fort le bras pour se réveiller, ou encore de se rappeler la face sombre du papillon avant de lui permettre de rentrer, elle oubliait.

Ma petite semblait soumise à une contagion émotionnelle implacable dont son père décédé et moi-même étions, sans le vouloir, les principaux émetteurs. Cette prise de conscience pénible m’amena à chercher d’autres outils pour aider mon enfant, d'autres solutions plus proches de mon cheminement de peintre.

Finalement, Yamauba trouva elle-même un moyen efficace pour se libérer de son rêve en se fabriquant, dans du papier résistant de fibre de mûrier, un sac à cauchemars. Elle le peignit de couleurs lumineuses.

Le sac demeura vide plusieurs jours dans sa chambre. Puis un jour, elle y déposa quelque chose... un haïku du poète Buson. C'était le même que j’avais retranscrit dans le pavillon d'été, sur le mur de mon atelier :

“Sur la cloche du temple
Un papillon dort
Profondément.”

J’étais sidéré : ma fille n'avait jamais mis les pieds dans mon atelier, condamné avant sa naissance. Elle ne pouvait connaître l’existence du poème sur le mur. Yamauba l’avait recopié d’un recueil de haïkus à la bibliothèque du monastère. Lorsque je lui demandai pourquoi elle avait choisi ce poème, elle ne put me répondre.

(Extrait de Chimères et papillons en cours d'écriture)